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Psy - 9 - français

 

 

 

Manuel Diez Matilla : un destin oublié

 

 

 

 

 

Psychanalyse de l’œuvre de Manuel Diez Matilla

 

9ème partie

 

Par Christian Diez Axnick

Refonte au dimanche 18 août 2013

 

 

 

 
Je recommande pour éclairer sur un plan plus général le lecteur de cet essai un
livre intitulé «  Les grandes dates de la littérature française », d'Alain
Couprie, aux éditions Nathan Université, qui retrace assez bien les différents
mouvements dans la littérature française. On peut ici comprendre par exemple
que le nouveau roman est le dernier courant de littérature qui ait eu lieu en
France. Sa définition peut aujourd’hui nous sembler confuse, et sera plus
claire d’ici quelques années.

  
De la même façon, et dans le même ordre d'idée, Manuel Diez appartient à la
tradition livresque, celle du roman, dans la mesure ou il s'inscrit dans une
certaine continuité.

 
Un livre à lire, je l’ai lu il y a quelque années : « Le Montmartre de nos
vingt ans », de Paul Yaki, préface de Francis Carco, éditions le vieux
Montmartre. C’est un ouvrage incontournable pour qui s’intéresse à la pensée
française et à Montmartre.

 
Mon père a fréquenté au cours de sa vie les endroits par ou les plus grands
sont passés, surtout à Montmartre. Je pense aussi bien à Van Gogh, Utrillo,
Utter, Suzanne Valadon, Gen Paul, Fujita, Man Ray ( le photographe américain de
Montparnasse ), Toulouse Lautrec, Depaquit, Emile Bernard, Raoul Dufy et tant
d’autres, comme le chansonnier Aristide Bruand,  ou Renoir, que mon père
n’aimait pas trop. On y retrouve un certain parallélisme, le quartier étant une
véritable fourmilière d’artistes peintres et de personnalités de tous ordres.
Mon père «  avait sa gueule » comme on disait de lui.

 
C’est lui par exemple qui a réalisé les étagères en bois pour ranger tout un
tas de vieilles sculptures, sauvé bon nombre d’affiches de Poulbot. Francisque
Poulbot a habité là; j’ai travaillé chez SR Electricité, pratiquement en face
de la maison ou il a vécu également à Saint-Denis, à deux rues de la basilique.

 J’ai travaillé pour cette société sur la rue de Rivoli ( Ensemble commercial
Celio/Jennyfer ) et sur le Drugstore Champs-Elysées notamment.

 Lautrec, aussi, est passé par là. Qu’est ce qu’il a pu sauver comme affiches de Lautrec.
Quel foutoir c’était que ce musée. Idem avec les sculptures et toutes sortes
d’objets et de sculptures.

 Il s’est jeté aussi dans l’antre, plus que dans l’arène. Si Zola écrivit « 
le ventre de Paris » en référence aux Halles, Montmartre est une véritable
termitière. Il détestait Charpentier, qu’il a longtemps accusé de se promener
avec des aiguilles, et de venir dans son dos. Une fois ou nous passions en
voiture avec Pruden après son licenciement, il m’a même demandé d’accélérer et
de le faucher alors qu’il sortait subrepticement du 12 rue Cortot, le musée
donc du vieux Montmartre. Son procès je l’ai dit a tout de même duré 2 ou 3
ans, avec une foule de témoins.

 
Il était particulièrement remonté contre lui. Moi je n’ai en réalité pas trop
connu Charpentier. Il n’était presque jamais là quand je venais, et Claude
Estier n’en parlons pas. Mon père recevait parfois des amis, le père Charnin,
un prêtre suisse, des amis espagnols, ou encore mes frères, ou simplement des
relations de la butte. Il y avait Anne-Marie, Mme Vertex.

 
Puisse l’espèce de mémorandum que je lui consacre éclairer les amateurs d’art
en tout genre, et apporter sa pierre à l’édifice. Aujourd’hui par exemple, la
Evangelische Kirche que fréquente ma mère tous les dimanches à Paris organise
des visites guidées sur les pas d’Utrillo. Une exposition a eu lieu à la
pinacothèque. Mme Buttler s’occupe de ça, elle est pasteur. J’ai vu
l’exposition avec ma femme. Je trouve ses tableaux vraiment formidables, et sa
démarche très intéressante il est vrai.

  
Les concerts à l'église allemande sont remarquables.

  
Il y a une chose que j’aime, et qui vaut plus que tout au monde pour moi, c’est
l’enthousiasme des jeunes générations nipponnes, la volonté de s’intégrer des
japonais qui vivent en France. Même les chinois que je vois parfois dans mon
métier s’intéressent me semble t’il aussi au fait que Jésus était un juif
moitié syrien, moitié palestinien. Enfin, j'exagère, car Jésus était israëlite,
parlait l'hébreu, et accessoirement le grec et l'araméen.

 
Mais l’optimisme japonais me semble encore plus important chez les plus jeunes.
La fraîcheur des japonais est quelque chose d’agréable. Je n’en dirais pas
autant de la faiblesse ou de la quasi-inexistence de nos rapports avec eux,
malheureusement.

Je voudrais le dire ici, car si l’on interprète correctement la pensée de Jésus,
c’est important.

Il y a quelques années, Kristel, la sœur de Oma, ma grand-mère, est décédée. Je
n’ai même pas pu être à l’enterrement. A ce propos le livre «  Les
sagesses d’orient » de Gilbert Sinoué, est un excellent livre de réflexion. Je
regrette souvent que les familles se connaissent assez peu ou trop peu et
soient séparées par la géographie.

 Mon frère a fait un deuxième voyage en Chine. C’est très difficile de repartir en
Asie depuis Hiroshima et Nagasaki, il faut bien du courage. Là aussi les crimes
de l’impérialisme américain sont innombrables et nous ont été rapportés aussi.
Mon frère est un cas, il n’a jamais travaillé de sa vie, mais comme je l’ai déjà
dit il a cotoyé la majeure partie des plus grands maîtres d’arts martiaux du
monde. Dida Diafat par exemple est de Villiers-le-Bel, je l’ai aperçu une fois
avec Ingo. Il a été champion du monde de boxe thaï.

 
Je pense aussi à ce jeune boxeur thaï, Mohamed, lâchement assassiné il y a
quelques années à Drancy. Au fond, notre algèbre existe dans la société, la
criminalité est un problème crucial, angoissant. Dieu soit loué, Berthe Mann a
de la famille qui vit à Jérusalem ! Voilà qui nous rapproche un peu de la terre
sainte.

 
Vers cette époque j’avais écrit à l’empereur du Japon, mais il a préféré ne pas
me répondre. Les problèmes de la banlieue existent il est vrai pour tous.
Latimier ne l’a pas décidé.

  
Je pense que le Gulistan, de Saadi, est une grande œuvre. Pierre Seghers l’a
édité au S.N.E.D., en fait, il a pillé les textes. J’en suis venu à bout, mais
pas en langue arabe ou perse. Je n’avais pas vu l’exposition sur les
Sassanides. Je ne désespère pas avec les Pahlavi. Surtout à cause de la mort de
Leila. Je peux me tromper, mais je fais de mon mieux malgré mes pépins de
santé. Je pense qu’ils ont beaucoup progressé. Deux choses peuvent nous nuire,
dit Saadi dans le Gulistan : se taire quand il faut parler; parler au lieu de
se taire.

  
En dehors d’une chanson comme « La suerte y la inteligencia », de Pepe Pinto,
je ne vois pas de référence majeure ici. Les choses devaient être difficiles
pour Leila, elle ne pouvait avoir que peu de repères dans la vie.

 
Mon père et moi écoutions beaucoup cette chanson au cours de ses trois
dernières années de sa vie au musée Cortot à Montmartre. Le canari de mon père
virevoltait autour de sa cage. Un jour il s’est échappé et mon père était resté
fou de tristesse. Il est presque mort de chagrin de ne plus avoir le canari. Un
jour il n’est pas retourné dans sa cage, quelqu’un a du ouvrir la fenêtre. Je
ne sais pas si c’est moi, je ne crois pas. Mais sait-on jamais comme on dit.
Tout peut arriver.

Trois autres proverbes :

- Le sage travaille, l’ignorant espère.

- Ta parole est comme ta fille : sache oû la placer.

- Notre langue est un arc « On ne voit pas plus revenir la parole échappée de la
bouche que la flèche échappée de l’arc » Et quand la flèche se plante dans le
cœur de l’autre, il est trop tard. ( Abou Shakour ).

 
J’ai vu le film « La journée de la jupe » avec ma mère et Hanifia. J’ai trouvé
ça pas mal. C’est très théâtral. Je me suis finalement fait enlever un énorme
névrome de Morton au pied gauche.

 
« Grantorino » est aussi un bon film. Pour une fois, ma mère et Hanifia ont
bien aimé Eastwood. Je l’ai vu en V.O. avec Hanifia. Je pense que c’est un des
meilleurs Eastwood et sans doute un des derniers.

  
J’avais signé un contrat avec une société nationale. J’étais tenu au secret;
finalement, il m’est arrivé la même chose avec une autre société par la suite.
A la fin du chantier toutes mes créations ne reviendront pas à cette société
puisqu’on ne m’a pas gardé en définitive. Je n’étais pas assez pugnace,
j’aurais dû réclamer des notes de calcul. Généralement, pas mal de BE ou
d’entreprises qui m’embauchent me recommandent la discrétion ou le secret.
Récemment j’ai fait la plomberie d’un centre culturel du sous-sol inférieur
jusqu’à la toiture.

 J’ai visité le palais de l’UNESCO, et je l’ai trouvé particulièrement innovant et
moderne.

 
Notamment la présence de plaques de granit provenant d’Hiroshima ou Nagasaki.
Les américains ont lâché la bombe alors que la paix était signée et la guerre
finie. L’ancien directeur de l’UNESCO était japonais.

 
L’UNESCO abrite également des œuvres de Miro, Picasso et beaucoup d’autres
choses très intéressantes, dont une tapisserie au dessin signé Le Corbusier
fabriquée à Aubusson.

 
Ma mère dit qu’elle a été d’une génération sacrifiée, comme celle de mon père,
et c’est vrai. On peut parler en effet de génération sacrifiée, et quelque
part, c’est un peu la même chose pour la nôtre. Par exemple encore récemment un
film ( Inglorious bastards) retrace l’histoire d’un commando israélien chargé
d’éliminer Hitler. C’est de la fiction comme de la parodie j’imagine, je ne
l’ai pas vu.

 
Dans le cas de la génération des mes parents, c’est la réalité, aussi bien du
coté des Moltke que du coté d’Opa Linie, le grand-père de mes cousins Arne et
Markus. J’ai ai parlé dans le manuel d’introduction. Eux sont vraiment et
réellement allés au feu face à Hitler, lorsqu’il faisait parfois jusqu’à 99 %
des voix dans les villages les plus reculés d’Allemagne. Cela mérite autre
chose que ces parodies américaines assez teintées de nationalisme US, même s’il
est vrai qu’Hitler avait d’autres ennemis importants, dont ce Von je ne sais
plus quoi, Stauffenberg je crois.

 
Il y a quelques années, j’ai accompagné ma mère aux Diaconesse de Versailles,
qui sont liée je crois aux diaconesses de Reuilly.

 
Ma femme Hanifia, était passée à l’émission de Julien Lepers «  Question
pour un champion » lorsqu’elle est arrivée en France, et est ensuite passée
dans celle de Thierry Beccaro ( Motus ) puisqu’elle avait réussi les
qualifications. Elle a gagné avec une autre dame. Beccaro que j’ai vu est un
grand professionnel de l’audio-visuel à mon avis, un homme droit dans ses
bottes, intègre, sobre et travailleur. Lepers est aussi un homme ouvert et
intelligent, parfois un peu dispersé.

 
Il me semble qu’elle va à nouveau passer à Motus.

 
Elle a écrit à je ne sais plus quel organisme pour leur dire que « c’est de la
lèche », en mon nom en réalité.

 
En effet des journalistes s’étaient introduits pour filmer le chien de Carla
Bruni ou je ne sais plus quoi, puis le président, « la crotte » comme elle
l’appelle, s’est invité sur le plateau. C’était en réalité concerté, les
journalistes criant à la surprise.

 
Décidément l’Europe est tombée bien bas, notre pays plus qu’un autre. Le tenant
d’un des pires nationalismes de son histoire a réussi le tour de passe-passe de
devenir omniprésent sur nos écrans, il monopolise les médias. Et la gauche,
faute de prévention, faute d’union, faute de combativité se laisse débaucher
par ce minable.

 Ma femme hait Sarkozy et change de chaîne dès qu’il pointe le bout de son nez, elle
zappe tout le temps quand passent les informations et la cohorte de ministres
qui le suivent. Moi j’estime que parfois il fait son boulot comme il peut, et
que la société est largement complice aussi.

 
Ce sont toujours les mêmes qui doivent faire le travail, jamais les dirigeants
au pouvoir. Il n’y a pas dans le panorama actuel d’alternative à cette tyrannie
qui se dessine depuis déjà des années. Il manque une force de réaction. Quel
désastre industriel et financier, le plus grand qui ne se soit jamais produit.
Quel manque de solidarité et de continuité historique. On nous casse. On nous
humilie, on nous broie. On minimise notre passé glorieux par la calomnie, la
parodie et la satyre. Je lance ici un appel solennel. Il faut réagir.
Réveillez-vous, levez vous avant qu’il ne soit trop tard. La démocratie vaut
cette peine. Ne laisser pas vos dirigeants répandre le mensonge et l’ignorance.
Organisons la lutte. Chacun doit y prendre part. L’heure est grave. Nos
libertés sont en danger.

 
Je ne dis pas que les divergences n’existent pas entre nous. Pour moi l’Alsace
et la Lorraine ( Elsass und Lothringen ) ont été allemandes durant des
millénaires. Mais il faut aplanir nos différents, lutter ensembles, et chasser
Sarkozy et sa clique du pouvoir. Il faut un consensus, une ligne générale.
Laissons nos différents au placard. Passons à l’action. Ne faisons pas dans la
demi-mesure, nos positions doivent être claires.

 
Prenons le parti de la transparence face aux forces et aux puissances réactionnaires.

 
Nous l’avons toujours fait, nous savons le faire, nous saurons bien le faire à
nouveau.

 
Ma grand-mère disait «  Wer sich als ein Hund vergibt, muss auch als ein Hund bellen ».

Celui qui se conduit comme un chien, doit aussi aboyer comme un chien. Je trouve
cette phrase très vraie aujourd’hui. Ma grand-mère n’a jamais caché qu’elle
était pour Hitler, et au fond je lui donne presque raison, ou tout au moins je
la comprends. Hitler était un juif autrichien parmi d’autres, mais au moins
parlait-il clairement et disait-il vraiment ce qu’il pensait, même si je n’ai
jamais pensé comme lui, ce qui n’est pas le cas de Cohn-Bendit, pour qui j’ai
voté aux dernières élections européennes. J’ai été déçu à l’arrivée des courses
je dois dire. C’est vide de sens. Et sinon tous votent à droite, et se laissent
embobiner comme des laquais.

 Ma grand-mère lorsqu’elle perdait aux jeux, se mettait à tricher. Sacrée Oma. Par
exemple lorsque nous jouions au «  Barrikadenspiel », le jeu des
barricades ou l’on joue avec des dés et place des barricades aux autres. Elle
faisait bien rire ma mère. Oma était très mauvaise perdante. Au rami, aussi, ou
j’ai toujours assez bien joué, ou à d’autres jeux. Ma mère ne lui a pas trop
pardonné d’être si mauvaise perdante. Au Kniffel aussi, de temps en temps, elle
trichait. Mais j’adorais Oma.

 
Certains parlent de risque révolutionnaire dans ce pays, mais disent-ils que
durant des décennies, l’assemblée a été tenue par Jean-Louis Debré, dont j’ai
parlé dans le manuel d’introduction, et qu’il n’a même pas été capable
d’obtenir son bac ? Ils ne le lui ont donné que plus tard et à regrets. Il ne
l’a pas eu tout de suite.

 
Il faut réagir, c’est la règle en démocratie. La France ne doit pas demeurer au
sein de l’OTAN. La majorité veut l’indépendance. Point final. Nous sommes 500
millions de francophones, et presque autant d’hispanophones, d’hispaniques.
Sarkozy veut faire de nous les valets de l’Amérique. L’Amérique peut se passer
de nous, elle l’a toujours fait. A vrai dire, vis-à-vis de nous, l’Amérique a
toujours joué la carte de l’ignorance. Elle nous ignore. Nous ne comptons pas
pour elle et elle joue sans nous, nous exploite au maximum. La crise des
subprimes est un déchet de l’Amérique.

 
Les américains semblent bien être les premiers à se foutre royalement de
Sarkozy. Qu’on n’imagine pas que je suis d’accord avec lui, il n’est qu’un pion
aussi. Le coté «  haut les cœurs » est bien connu. A chacun de balayer
devant sa porte.

 
Un déficit public multiplié par deux, les députés envoyés siéger à Bruxelles,
un congrès à 400/500 000 euros pour lui, sans compter tout le reste, Sarkozy a
profondément changé le panorama, notamment chez les jeunes. Il y a ceux qui le
détestent, ceux qui haïssent et zappent à chaque Sarkozy, ma femme en fait
partie, et l’immense majorité des autres.

 
Je dirais que le français est difficile à cerner. Prenons Jacques-Laurent Bost,
un écrivain français qui a pas mal écrit sur l’Espagne.

 
Il dit dans «  L’Espagne au jour le jour » ( Editions Paul Morihien )
des choses pertinentes et sans nul doute très intéressantes, mais son racisme,
son mépris et son irrespect gâchent tout. Prosper Mérimée est l’autre écrivain,
celui me semble t’il qui a le plus écrit sur l’Espagne.

 
Ce qu’il décrit sur le « Pundonor » est très proche de la réalité, et
de ce que représentait le théâtre espagnol, que j’ai eu l’occasion de voir.
C’était à se tordre de rire.

 
C’est là qu’il faut rappeler aux plus jeunes et aux moins informés quel artiste
extraordinaire et hors du commun était Manuel Diez Matilla. Pour qu’ils
comprennent cette Espagne étrange, repliée et envoûtante. De lui jusqu’à Diego
Amador, le guitariste de Flamenco qui monte ces derniers temps.

On ne refera plus des peintres comme lui. Nous sommes trop en bute aux profonds
changements de société de nos jours, trop opprimés, déconcertés même.

 
Comprenons aussi qu’il disait parfois « Los Americanos lo saben muy bien »,
mais je ne sais pas quoi exactement. Il semblait faire allusion aux casernes
américaines en Espagne.

 
Ici, je préfèrerais faire allusion à Lia Marchese, qui me connait bien. Mais je
peux me tromper. Je le sais. Il y a aussi Francesca Lardin, la dernière amie de
David, que j’ai bien connue aussi.

 Une page importante de notre histoire commune se tourne, et il faudra songer à
interroger les générations à venir, leur demander ce qu'elles veulent faire à
leur propre tour, leur expliquer que cet important héritage artistique les
concerne aussi, que chacun doit savoir se prendre en main, se prendre en
charge.

 Pour ne livrer qu’un exemple, à l’époque ou mon père était à Montmartre, Clause
Nougaro marchait déjà avec Maurane dans le quartier, ou plutôt c’est elle qui
marchait sur ses pas.

 J’aiassisté à son excellent concert à Garges-lès-Gonesse ou elle lui rend hommage
dans sa tournée «  O Nougaro ». Mon père avait croisé sa route un
soir d’hiver je crois. Les deux hommes avaient des points communs. Quel poète
était Nougaro.

 
Pas loin dans le quartier, la maison donc de Diane Dufresne et de je ne sais
plus quel artiste nous disait Maurane. Elle a chanté dans un cabaret du
quartier. J’ai trouvé ses musiciens particulièrement excellents, remarquables
pour tout dire. Dernièrement, ma mère, Hanifia et moi sommes aussi allés voir
un concert de country à l’espace Aznavour d’Arnouville.

 
Je suis allé voir avec Hanifia le dernier film de Richard Geere « 
Hatchi ». C’était vraiment très bien, très touchant, l’histoire de ce
chien qui est retourné durant 9 ans sur la place ou il cherchait encore son
maître disparu.

 
Hanifia et moi avions vu aussi une représentation très intéressante de La flute
enchantée à Garges.

Mon père l’avait vu aussi avec ma mère il y a très longtemps. C’est un véritable
chef-d’œuvre.

J’écoute souvent la Flute enchantée de Mozart. Je trouve ce compositeur particulièrement
génial, et je pense que ce qu’il a apporté au peuple allemand et à sa musique
est gigantesque.

 
En revanche, le fait qu’il était diminué, presque infirme en raison me semble
t’il de maladies vénériennes, se ressent légèrement dans son œuvre.

 
Mon père avait quantités de disques à la maison, mais il était à moitié sourd.
Il entendait très mal. D’ailleurs, il est mort en réalité des complications
postopératoires de son opération de l’oreille ou du pavillon.

 
Il a tout d’abord perdu connaissance, et les choses se sont ensuite aggravées.
L’infection s’est généralisée par la suite d’établissement en établissement.
C’est parti de Gonesse ou il est tombé dans le coma, suivant l’opération ratée
de l’oreille à l’hôpital Delafontaine de Saint Denis, puis Bichat …

 
Ma mère parle à juste titre dans le cas de sa génération de «  génération
sacrifiée ». C’est le cas depuis toujours et jusqu’à aujourd’hui, en
effet. La mienne aussi a beaucoup donné, sans presque rien obtenir non plus en
retour. Je n’ai vu Opa Linie qu’une fois, c’est dire la transition qui s’est
faite. Personne n’a rien fait, personne n’a levé le petit doigt pour ce petit
homme, ce vieillard encore jeune, qui a participé à un des plus grands
attentats contre Hitler, le père d’Hanswerner, le grand-père de mes cousins
comme je l'ai dit du coté de ma tante Marita. L’Europe n’a rien fait pour lui.
Ni l’Allemagne ni les autres pays. C’était cet attentat qui s’était soldé par
des centaines d’opposants décapités, dont on a tiré une parodie
cinématographique. Mais pour ma famille allemande déracinée, c’est l’Allemagne
profonde, la voix de l’Allemagne.

 
J’ai beaucoup apprécié il y a plusieurs mois l’exposition sur Munch à
la pinacothèque. Munch est un très grand artiste, un immense peintre,
probablement un des plus grands peintres scandinaves. Sa peinture rappelle un
peu certains chefs-d’œuvre d’Utrillo. Mon père d’ailleurs se rapproche beaucoup
de ce style d’expression. C’est un peu la même école, le même cru. Il collait
au pinceau, le travaillait, l’appuyait. Il grattait comme on dit dans le
bâtiment.

 Une fois, ma mère a vendu un de ses tableaux pour gagner un peu d’argent.

Un grand tableau avec un pot de fleurs et des ornements de type et dans le style de la
Vieille-Castille. Une partie de la peinture de mon père était ornementale et
symboliste aussi. Ce tableau était un des très rares ou il ait fait appel au
rouge, même s’il utilisait les tons rouge aussi pour donner des nuances aux
tables et aux meubles parfois. Soit il éclaircissait, il bleutait, soit il
allait vers les tons cuirs, ou encore les verts, soit il réchauffait les décors
avec du rouge. Cela dépendait du thème, des décors et des souhaits du client.

 
Souvent, avec Hanifia, ma mère ou d’autres personnes de la famille, nous allons
visiter des châteaux ou des parcs de la région parisienne, qui n’a presque plus
de secrets pour moi. Nous sommes allés à Giverny et comptons y retourner.

 
Le public peut le remarquer, notre mode de vie s’est en partie adouci depuis la
disparition de ce grand travailleur insatiable qu’était mon père, il peignait
sans arrêt, sa passion était infatigable.

 Il a peint jusqu’à ses derniers instants. Je ne compte pas ses deux dernières
années d’agonie et de coma, car il n’avait plus connaissance de lui, il n’était
plus en état de conscience. Il est mort en 1991.

 
Ses deux frères, mes oncles, l’ont suivi avec David en 1999, mort très jeune.
Aujourd’hui mes oncles d’Allemagne Uwe et Norbert sont eux aussi sortis
d’opérations. Espérons que les temps à venir ne soient pas trop durs. Hanifia a
du encore subir une opération après sa réduction mammaire réussie. Moi je suis
sorti il y a quelques années d’une douloureuse nécrose de l'épiploom.
L'opération s'est bien passée.

 
Les derniers moments de sa vie furent pour lui un calvaire et une terrible
agonie. J’étais dérouté, je ne savais pas quoi faire. «  No te hagas el
perrin » ( ne fais pas le chiot - el cachorro ), m’avait-il dit vers la
fin de sa vie, avant qu’il ne plonge dans la maladie. Il attendait comme
quelque chose de moi, et ne désirais pas que je puisse le faire pour d’autres.
Il est mort en fait de complications liées à la tuberculose. Lui dont un
médecin lui avait confié à son arrivée en France qu’il n’avait jamais vu des
poumons comme les siens. Ainsi passent les années et les siècles, ainsi vont et
viennent les faiseurs de rêves et d’illusions, ainsi passent les artistes.

 

 

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